ARTICLE 3 : Un bon plan-musée

carréNoir

Avant de tenter de vous expliquer à quoi sert un plan-séquence dans un film je vais rappeler brièvement de quoi il s’agit c’est à dire tout de suite youpla boum action alors voilà un plan-séquence c’est une scène où la caméra n’arrête jamais de tourner et dans laquelle le réalisateur n’utilise donc ni fondu au noir ni montage ni coupure d’aucune sorte et pour faire le parallèle avec l’écriture je citerais en exemple cette phrase sans ponctuation que j’ai commencé au début de ce paragraphe sans utiliser une seule virgule dans le but de vous montrer que ce procédé pouvait conférer une certaine émotion ou quelque autre sentiment au spectateur ou en l’occurrence ici au lecteur mais comme je ne suis pas Proust et bien la seule sensation que j’ai sans nul doute réussi à vous transmettre pourrait bien être la nausée accompagnée éventuellement d’une indigestion gastro-littéraire alors c’est pourquoi je vais m’arrêter un peu en mettant un point ça va tous nous faire du bien vous allez voir attention le voilà il arrive il est là.

Ouf, c’est bon quand ça s’arrête.

Vous voyez qu’un plan-séquence n’est pas anodin car même s’il n’est pas long dans la durée (on revient au cinoche) il a généralement pour fonction de rallonger le temps (Même si dans les faits le plan-séquence n’est que du « temps réel »). Allonger le temps, mais pas que. Ou du moins, cet étirement temporel n’est qu’un prétexte à faire naitre chez l’observateur une impression bien plus intéressante que l’auteur aura voulu transmettre à un moment spécifique de son récit. Il s’agit pour la plupart du temps de suspens, de tension nerveuse, ou bien de la découverte d’un lieu important, ou encore de s’attacher de manière forte à un personnage en y adoptant son point de vue. Bien qu’en fait, ce soit souvent tout ça à la fois.

Quelques plans-séquences célèbres :

CLIQUEZ SUR LES IMAGES POUR VOIR LES SCENES, OU PAS.

bruce2♦ Dans Pulp Fiction, Butch retourne dans son appartement probablement surveillée par des gangsters. La caméra le suit de derrière pendant 1 minute, il ne se passe absolument rien, et pourtant on subit la pression du héros.

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♦ Dans le même ordre d’idée, le plan-séquence probablement le plus connu du cinéma. Même pas je cite. C’est le premier de ce genre filmé avec une steady-cam. Un peu d’histoire vous tuera pas. Les incultes peuvent aussi chercher « steady-cam » sur Wikipédia.

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♦ Dans un autre style et bien plus casse-tête du point de vue de l’organisation technique, un très long plan-séquence hallucinant de 6 minutes (!) qui nous met complètement en apnée avec Rust dans une scène folle de True Detective.

Et puis, le plan-séquence, ça sert surtout à faire son petit malin au petit bistrot « sympa » qui colle le petit cinéma de quartier d’art et d’essayage, et dans lequel on a honte de commander une bière plutôt qu’un verre de vin. Ici, vous pourrez vous en donner à cœur joie pour parler du plan-séquence. Par contre, n’oubliez pas votre check-list sur laquelle vous aurez noté entre 0 et 20, la qualité des plans-séquences bien sûr, mais également celle des cadrages, des dialogues, de l’éclairage, du son, sans oublier l’intelligence du scénario ainsi que la subtilité de la psychologie des personnages. Aaaah…la psychologie des personnages…vous savez ce truc qui détermine si un film de zombies est bon ou pas.

Attention si le sujet du film rôde autour d’un sujet grave tel que le racisme ou l’exclusion sociale (chômage, pauvreté, homosexualité…) ne soyez pas trop dur avec lui. Ca pourrait mal tourner.

Rappelez-vous que le plus important, c’est de ne pas rester au ras des pâquerettes. Si le film vous a éclaté parce qu’il y avait une putain d’action, avec des putains de bagnoles, et des putains de gonzesses avec des culs de poneys, et des jolies filles, ne le mentionnez pas comme ça. Parlez plutôt d’une bonne gestion du rythme narratif couplée à un gout certain pour l’esthétisme. Et parlez encore du plan-séquence. Et lâchez cette bière, je vous ai dit de prendre du vin.

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Non, je vous dis ça parce qu’une fois, à Paris, au centre Pompidou, dans la partie « art contemporain », j’ai clamé tout haut devant une gravure, que dessiner un mec qui fait caca du haut d’un building sur la tête d’un enfant, c’était franchement dégueulasse. J’ai bien senti les gros yeux des autres visiteurs. J’ai tracé ma route, mais un peu plus tard je suis revenu devant l’œuvre d’art, et en écoutant discrètement ce qu’il se disait, je compris qu’il eut mieux fallu parler de la puissance allégorique de la pollution urbaine qui menaçait les futures générations.

C’est pourquoi cher lecteur, je tenais tant à vous mettre en alerte devant ces codes élémentaires de discussion qui se posent entre gens cultivés, afin de vous éviter de subir une pareille déconvenue.

De rien.

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